Maloya-Palabre

Concerts / Cameroun / La Réunion

Maloya Palabre, l'art de la palabre associé au rythme maloya

Maloya Palabre est le fruit de la rencontre entre le conteur camerounais Zé Jam Afane et le grand chanteur, musicien et poète réunionnais Danyèl Waro.

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La parole, le chant et les rythmes orchestrés par Sami Pageaux (rouler, kora, sati, bob) s’entremêlent, se croisent et se répondent. Comme les branches d’un même arbre, ils font éclore le conte : une histoire d’amour entre le jeune Salim et son arbre.

Ze Jam Afane a accepté de répondre à nos questions. Entre poésie, récit initiatique et éveil des consciences, il décrit le récit hors du temps qui sera conté au public dans le cadre du festival Africolor, les 21 et 22 novembre prochain.

Maloya Palabre, c'est une histoire que petits et grands découvriront avec délectation.

Maloya-Palabre

Ensemble, Danyèl Waro et Ze Jam Afane se lancent dans une palabre à l’africaine à hauteur de bambins.


Africavivre : Votre nouveau spectacle, Maloya Palabre, s’adresse au jeune public et est une création originale. Il mêle le rythme Maloya à l’art de la palabre. Comment s’est effectuée la rencontre avec Danyel Waro et Sami Pageaux ?

Ze Jam Afane : On se connaissait déjà avant Danyel et moi. On s’est rencontré pour la première fois en 2005 à Reims. Il était venu jouer en solo. Il avait  une rencontre organisée à la Bibliothèque du quartier Croix rouge de Reims. Je me suis rendu à cette rencontre. À cette époque, je travaillais avec Vincent Courtois qui était ami avec Philippe Conrath (Ndlr : Ancien journaliste et producteur ayant créé en 1989 le Festival Africolor). Et Philippe est un ami de Danyel de longue date. C’est donc par l’entremise de Philippe que je l’ai rencontré à Reims.

Il nous a pendant cette rencontre parlé de maloya, de son lien avec cette musique profondément incarné en lui et de son lien avec la terre également. Ses parents étaient agriculteurs. Lorsqu’il s’est mis à chanter, j’ai trouvé des résonnances avec les chants des contes Bulu, avec mes racines africaines. C’était très fort.

J’ai fait ensuite une fois sa première partie pour Africolor et on a joué ensemble pour une carte blanche d’Émilie Loizeau au Louvre. Danyel faisait la musique et moi de petites histoires sur des films muets de l’époque coloniale africaine. C’était la première fois que je partageais la scène avec Danyel. Après la sortie du double album évènement Aou Amwin, Danyel m’a proposé de venir partager avec lui l’histoire de Salim. C’est là que j’ai rencontré Sami, son fils, un très bon musicien.

 

Ze-Jam-Afane

Originaire du Sud du Cameroun, André Ze Jam Afane est le fils de René Jam Afane, compositeur de l'hymne national du Cameroun.


Africavivre : Que raconte votre spectacle ?

Ze Jam Afane : Cette œuvre extraordinaire, c’est l’histoire de Salim, pour l’essentiel l’histoire d’amour d’un enfant avec son arbre. Ce chant atypique et inclassable, Danyel l’a commencé à la mort d’un ami à lui qui s’appelait Salim. Il était luthier. Le chant s’est construit doucement pendant plusieurs années. Dans cette histoire d’amour, l’enfant Salim voit mourir son arbre. Cela le plonge dans la douleur et la tristesse. Au bout de longues prières faites par sa mère et après cette période de deuil, c’est la renaissance par le maloya. Salim se lève, prend son arbre et en fait des instruments de musique. Le chant en lui-même est une ascension. La voix monte vers les aigus...

Ce chant m’a rappelé les chantefables du cycle de l’orphelin chez les Bulus du sud Cameroun. Ils ont été recueillis et publiés par le musicologue et poète Camerounais Éno Belinga. Je suis un conteur de cette tradition là. Salim est un enfant orphelin de l’arbre. A chaque station du cycle de son histoire je propose une chantefable dédiée aux autres orphelins que nous sommes. Cette histoire permet aux enfants d’apprendre la compassion pour ceux qui n’ont rien. Dans la plupart des contes que j’ai écoutés petit, il y avait les personnages de l’orphelin et de la marâtre. Je m’en suis inspiré.

Dans notre spectacle, il y a beaucoup de joie. On transmet des messages en chantant, en dansant, en jouant. C’est un conte initiatique. C’est une vraie catharsis car c’est un chant extraordinaire.

L’histoire qui se raconte dans le maloya n’est pas une histoire sortie d’un livre d’école mais l’histoire réelle de chaque être humain qui va chanter et danser pour ses ancêtres. Et on en a tous. On se présente à eux comme des enfants aux voix angéliques. On laisse de côté nos vies d’adultes. C’est très fort.

 

Africavivre : L’art de la palabre et le maloya ont chacun leur manière propre de réveiller les consciences. Le maloya a joué un rôle contestataire, de revendication anti-coloniale, participant ainsi fortement à l’identité culturelle de la société réunionnaise. De manière identique, la palabre est le lieu de la citoyenneté par excellence. Une rencontre était-elle inévitable entre ces deux arts ?

Ze Jam Afane : Dans la palabre, on vient pour dire sa part de vérité, d’expérience. La parabole illustrant la place de la palabre dans la société africaine est la suivante : Le roi du Dahomey doit transmettre son royaume à son fils. Il réclame une jarre passoire et ordonne à son fils de puiser de l’eau avec. Ce dernier essaye mais n’y arrive pas. Il demande l’aide de ses amis qui de leurs mains bouchent les trous de la passoire. Ensemble, ils y arrivent. La parabole garde le Dahomey uni. La morale est : tu dois dire la vérité, être juste. Et, on ne peut pas faire une palabre seul, sinon la vérité que représente l’eau nous échappera.

Pour le maloya, cela nous laisse voir qu’on ne peut pas se créer une identité tout seul. 

Nos identités créoles ou africaines souvent refoulées doivent s’affirmer avec amour. Au Cameroun, après la première colonisation allemande, les colonisations françaises et anglaises sont arrivées. Nous sommes ainsi complexés par les regards portés sur notre histoire. Nos ancêtres qui furent traités comme des sauvages et des barbares doivent être réhabilités. Le culte des ancêtres dans le maloya permet cela.

« Autrefois tu vécus dans la barbarie, peu à peu tu sors de ta sauvagerie » dit le chant du ralliement Camerounais.

Le maloya est extraordinaire en ce sens que chacun trouve sa place dedans. Car c’est l’histoire de la mémoire de notre propre sang. C’est fédérateur. Danyel insistait beaucoup pour que je parle en bulu. Les langues africaines lui semblaient très importantes. A préserver avant toute chose.

 

Africavivre : Drôle, poétique, acerbe, engagé, doux, haut, lyrique, sans concession, dans Maloya Palabre comment est le verbe ? Et la musique ?

Ze Jam Afane : Le verbe est vrai. Il y a beaucoup d’émotion. Le verbe est incarné. On est soi-même. Le verbe est fraternel. Il amuse aussi les enfants qui comprennent l’histoire au fur et à mesure.

C’est cela qui a fait que j’ai voulu devenir conteur : la musique est une ascension. Elle est cathartique. Elle soigne. Elle est magique. C’est une œuvre d’art. La musique est faite pour le divertissement mais aussi pour transmettre un message.


Danyèl Waro et Ze Jam Afane - Maloya Palabre

Zoom

Le portrait chinois de Ze Jam Afane

Africavivre : Si vous étiez un(e) auteur(e) africain(e). Qui seriez-vous ?
Ze Jam Afane : Amadou Hampâté Bâ.

Africavivre : Si vous étiez un(e) réalisateur(trice) africain(e). Qui seriez-vous ?
Ze Jam Afane : Idrissa Ouedraogo.

Africavivre : Si vous étiez un(e) musicien(ne), un(e) chanteur/teuse africain(e). Qui seriez-vous ?
Ze Jam Afane : Anne-Marie Nzié du Cameroun. Un chanteur ? Francis Bebey.

Africavivre : Si vous étiez un album de musique. Lequel seriez-vous ?
Ze Jam Afane : Shakara de Fela Kuti.

Africavivre : Si vous étiez un plat africain. Lequel seriez-vous ?
Ze Jam Afane : Le ndolé (Ndlr : un plat camerounais, de la région de Douala. Le ndolè est élaboré avec des feuilles vertes mélangées avec une pâte d'arachides fraîches et des épices écrasées. On y ajoute de la viande cuite en lamelles, du poisson frais ou fumé, des crevettes fraîches ou fumées.)

Africavivre : Si vous étiez une ville africaine. Laquelle seriez-vous ?
Ze Jam Afane : Ma ville natale SangMélima au sud du Cameroun.

Propos recueillis par Eva Dréano

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