NDA-CHI

Albums / Cameroun

NDA CHI, ethnomusicien bamiléké chantant en ghomala

Alpha Better Records Rendre les musiques ethniques aussi célèbres que la pop.

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Le jeune chanteur et danseur Nda Chi, vainqueur du Mützig Concours 2019, propose une musique originale et authentique, qu'il interprète avec joie et sincérité. 

Ce talent prometteur a eu l'amabilité de revenir pour nous sur son parcours, les rencontres qui l'ont jalonné, et la manière dont ses chansons émergent.

Comment êtes-vous devenu musicien ?

Nda Chi : Tout petit, déjà, j'étais très intéressé par la musique. A 4 ou 5 ans, je partais dans les camps de musique, dans notre village, pour écouter des musiques folkloriques. Pendant les deuils, j’étais toujours derrière les musiciens pour écouter et apprendre à jouer des instruments traditionnels. Ensuite, en classe de quatrième, au lycée classique de Bafoussam, ma camarade Ngo Njebaï Grace m’a initié au chant. Elle chantait tellement bien que je lui ai dit que je voulais chanter comme elle, j'ai alors découvert ma voix.

Suite à cela, j'ai commencé à produire, et j'ai remporté quelques concours scolaires. Après, cela dit, j'ai mis la musique de côté pour m'investir davantage dans la danse. Ce n’est qu’en deuxième année de droit et sciences politiques que la musique m'a rappellé qu’elle était encore là et qu’elle m’attendait toujours. C'est de cette manière que j'ai fait des cabarets et que j'ai enregistré mes premiers singles.

Quels souvenirs gardez-vous de la troupe de danse patrimoniale de l'université de Dschang ?

Nda Chi : J'ai vécu énormément de choses avec cette troupe, et en garde beaucoup de souvenirs. Cette troupe a amplifié mon amour pour l’art et la culture. Depuis ma classe de première D, j'ai tellement appris sur nos danses, sur moi-même et les autres ; et j'ai rencontré tant de personnes formidables. Grâce à cette troupe, j’ai pu voyager partout dans le Cameroun, et jouer devant de grandes personnalités camerounaises et parfois étrangères.

C’est une troupe de passionnés, de véritables amoureux de la danse. L’apprentissage n’y est pas facile, mais elle en vaut largement le coup. On y apprend l’observation, l’intégrité, l’exigence, l’expression véritable de soi. C’est une école et une famille.

Je me souviens de nos prestations, de nos rires, de nos folies, de nos chutes sur scène, nos querelles, nos prestations sans salaire ou bien pas cher payées. Même si cela nous énervait au début, on a pris cela comme un sacerdoce. Grâce à ce que j’ai appris dans cette troupe, j’ai pu travailler avec de grands noms de la danse au Cameroun à l’instar d’Ayissi Leduc, lequel m’a d'ailleurs nommé chorégraphe de sa compagnie Otitié. J’ai été pris au ballet régional de l’ouest où je suis danseur et chorégraphe de circonstances. D’ailleurs nous y sommes presque tous ; cette troupe a beaucoup fait pour nous.

Comment avez-vous décidé de créer Modern Afro Soul ?

Nda Chi : Ariane Domguia était nouvelle au club et elle avait un potentiel énorme ; je me suis alors dit qu’il fallait que je travaille avec elle. On a donc commencé, et je lui ai enseigné ce que je connaissais en danse patrimoniale. On nous appelait les « Nguedom », on marchait et on dansait tout le temps ensemble.

L'artiste Vision Redoutable, qui pratiquait la danse moderne, m'a ensuite approché pour qu'on s'enrichisse mutuellement. Je lui ai proposé qu'Ariane se joigne à nous, puisqu'elle connaît à la fois les danses modernes et les danses patrimoniales. On a donc créé Modern Afro Soul, et on a commencé à travailler sur des chorégraphies en créant un style alliant les deux types de danse.

Malheureusement, Vision Redoutable a eu d’autres engagements donc nous sommes restés à deux avec Ariane. On a fait des vidéos qui ont plutôt bien marché, et on a été souvent sollicité, pour des clips vidéos, des festivals ou des soirées privées. Malgré des critiques, on a continué, tout en invitant d'autres artistes dans nos vidéos, comme Titi, Frankiss ou Bibi.

Comment avez-vous développé votre style musical ?

Nda Chi : Je défends principalement les musiques ethniques. Je rêve de les voir atteindre un jour des sommets comme la pop. J’ai donc décidé d'ouvrir les musiques ethniques à des techniques et éléments culturels d’autres genres musicaux. Vocalement, je me suis ouvert à d’autres styles que celui du chant folklore. Instrumentalement, je fusionne également les rythmes traditionnels avec d’autres genres musicaux. Ce qui fera que ceux qui écoutent du jazz, blues, folk, pop, rock, soul ou même d’autres rythmes et sonorités africaines s’y retrouveront.

Vous avez étudié le balafon avec Jordan Chigheng et Jean-Baptiste Ndi. Comment cet apprentissage s'est-il passé ?

Nda Chi : Jordan Chigheng est un grand percussionniste, danseur et joueur de balafon autodidacte. Je cherchais l'authenticité du village, donc je me suis rapproché de lui pour qu'il m'apprenne à jouer cet instrument, sans trop de codes mais avec le coeur. Jordan m'a beaucoup aidé, il m'a même aidé à acheter mon propre balafon, et on a commencé. Il m’a montré comment tenir les baguettes et jouer des chants, comment placer mon balafon et ainsi de suite. C’est avec lui que tout a commencé.

Ensuite quand je suis allé à l’ouest du pays, j'ai revu Jean-Baptiste Ndi que je connaissais déjà car on avait fait le ballet régional ensemble. Jean-Baptiste est multi-instrumentaliste et architecte, et a fait ses études à l'Institut des beaux-arts.

Comment votre album "Ngi Ngun" a-t-il vu le jour ?

Nda Chi : En gagnant le concours national, j'ai obtenu la production d’un maxi single. J’ai donc choisi dans ma banque à sons des titres pour travailler dessus en attendant l’enregistrement. Et puis je me suis dit pourquoi pas faire un album pour passer un réel message, pour qu’on découvre mon univers musical. J’ai commencé le travail avec Ruben Binam et le Kemit 7, on a enregistré 5 titres et ensuite je suis allé chez Alpha Better Records pour travailler sur les autres titres avec Salatiel. C’est comme ça que l’album est né.

Comment l'inspiration vous vient-elle ?

Nda Chi : L’inspiration me vient très souvent en rêve, quand je médite, quand je marche, quand je danse. Je reçois des mélodies et je prends mon téléphone, j’enregistre directement et ensuite je mets des mots dessus. Des mots m’apparaissent aussi fréquemment, et j’essaie de les insérer dans une mélodie. Souvent, je marche, j’écoute un son ou un bruit, je m’arrête, je commence déjà à chanter dessus ou à le développert. Mes amis me traitent régulièrement de fou, car ils ne comprennent pas ce que je fais. C’est souvent ma meilleure amie Giovannie Duchesse Bogni Koutatang, qui dit : " là, il vient d’être inspiré". Elle me laisse dans mon monde.

Sinon, mon inspiration vient comme des messages de Dieu, tout peut m'inspirer, ma vie, mon entourage, mes combats, mes idées, comment je voudrais que le monde soit et comment il est réellement.

Quels souvenirs gardez-vous de vos différentes collaborations ?

Nda Chi : Chez Alizés Équateur Records, j’ai collaboré avec Ruben Binam, qui a assuré une partie de la réalisation artistique. C’était plutôt facile car il est proche et c'est lui qui comprend le mieux mon univers musical. Ce fut simple et rapide.

J'ai également travaillé avec le groupe le Kemit Seven, mon coach vocal Sakwe Time, Véronique Eyali, Aloys Seven, Regis, ou encore Bolingo, j'ai beaucoup appris avec eux, et nous étions synchrones. Il y avait une certaine alchimie, voire une évidence entre nous et nos univers.

Chez Alpha Better Records, vu qu'il s'agit d'un label de musique urbaine, c'était plus difficile, mais Salatiel, qui a assuré la réalisation artistique, a été impeccable, professionnel et compréhensif. Ca n'a pas été évident, vu qu'ils n'ont pas l'habitude de faire ce genre de musique, et comme j'arrive avec des idées d'associations rythmiques ou sonores farfelues, ça n'a pas aidé. Cela dit, on s'en est bien sorti à l'arrivée, et je suis très content de la chanson à laquelle nous avons aboutie.

J’ai également travaillé avec Big Joe et Alex N. On s’est bien compris et la collaboration a été fluide et fructueuse. De même, j'ai eu la chance de faire un duo avec Bibiana Atanga. On a travaillé facilement vu qu’on est amis, mais les troubles qui sévissent dans cette région du pays l'ont hélas empêcher de venir à l'enregistrement. Elle m'a donné sa bénédiction, et j'ai finalement travaillé seul, mais ce fut une excellente collaboration.

Comment est née votre chanson "Seulement Dieu" ?

Nda Chi : Un dimanche j’étais en train de m’amuser avec ma flûte de pan à la maison. Ma mère m’appelait avec insistance et je ne répondais pas vu que je ne l'entendais pas. Elle est donc venue arracher ma flûte pour que je ne fasse plus de bruit en me disant que "seulement Dieu" allait m'empêcher de faire du bruit le dimanche. J’ai ri et je lui ai dit c’est "seulement lui" qui veut que je chante. Et j’ai commencé à chantonner ce refrain, et je l'ai enregistré sur mon téléphone.

Au moment de sélectionner les chansons de mon album, celle-ci s'est imposée pour commencer : une manière de remercier Dieu grâce à qui j'ai le don de chanter. Mes frères et ma mère ont corrigé les premiers jets, et je suis ensuite parti au studio. J'ai dit à Big Joe que, pour le rythme, je voulais une fusion entre le Lissā, le rythme de mon village Baleng, et du Zulu Gospel. Il m'a d'abord ri au nez, mais je lui ai dit que je suis sérieux, et c'est comme ça que la musique a pris forme.

Qu’éprouvez-vous quand vous chantez ?

Nda Chi : La sensation est indescriptible. On se sent toujours bien quand on s'exprime, et le chant constitue ma principale forme d’expression. Quand je chante, j'éprouve du soulagement, de la fierté, un relâchement, une sensation d'accomplissement et aussi un plaisir immense, beaucoup de joie. Je lâche prise et ne contrôle plus rien quand je chante, j'aime beaucoup !

Quels sont vos projets futurs ?

Nda Chi : Je vais faire une tournée de concert au Cameroun et au-delà avec un peu de chance. De nouveaux singles et albums, un nouveau vidéogramme, et avec un peu de chance de nouvelles collaborations.

Zoom

Nda Chi pendant le confinement

Comment avez-vous vécu le confinement ?

Nda Chi : Je ne l’ai pas très bien vécu. C’est vrai qu’aucun proche n’a eu la Covid 19, mais la pandémie m’a ralenti dans mon élan. J’ai dû attendre et prier que cela se tasse pour espérer sortir mon projet. Je l’ai passé aussi en faisant des stages intenses de voix, en travaillant sur mon art et en composant.

La pandémie m'a au moins laissé du temps pour me mettre à jour et me former davantage, mais ce fut quand même extrêmement stressant et aussi ennuyeux. Au moins, j'étais en famille.

Matthias Turcaud

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