Films / Burkina Faso

LES TROIS LASCARS, farce panafricaine sur les Tchizas

Les Films du Dromadaire / Les Films d'Avalon / Alma Productions "Pourquoi on n'a pas invité nos femmes, mais plutôt nos Tchizas ?"

Partager cet article

Réalisateur de comédies aguerri, Boubakar Diallo continue dans son sillon : celui d'un cinéma populaire et de qualité.  

Lauréat du Prix CEDEAO de l'intégration au Fespaco, Les Trois Lascars constitue un vaudeville léger inspiré de l'actualité, et plus spéficiquement du crash d'un avion Ethiopian Airlines.

Co-écrit par Boubacar Diallo et Axel Guyot, le film propose un concept simple et efficace. Trois hommes, lassés de leur vie conjugale, décident de partir en virée avec leurs "Tchizas", leurs maîtresses. Ils font alors croire à leurs épouses qu'ils se rendent à Abidjan en avion pour un voyage d'affaires. Or, petit hic : l'avion s'écrase. Les maris sont donc censés être morts, et leurs épouses portent d'ailleurs déjà leur deuil. Dans ces conditions, comment revenir et justifier leurs écarts de conduite ainsi que leurs mensonges ? Qu'espérer de leurs femmes comme réactions ? 

Le film Les Trois Lascars résulte d'une coproduction entre Les Films du Dromadaire, Alma Productions et Les Films d'Avalon - une société burkinabè, une ivoirienne et une française. Cette co-production a eu des impacts sur le casting, puisque le film a réuni des comédiens burkinabés et ivoiriens, permettant une ouverture bénéfique. Cela permet aux uns et aux autres de se faire connaître dans un autre pays, y compris pour les techniciens. 

Des comédiens burkinabés comme Dieudonné Yoda, Eve Guehi, Mariam Aida Niatta côtoient ainsi les ivoiriens Mahoula Kané, Zena Alisar Khalil ou Kadhy Touré. On retrouve également la franco-guinéenne Maïmouna N'Diaye, qui avait notamment pu s'illustrer dans un registre très différent dans "L'Oeil du Cyclone" de Sékou Traoré, pour lequel elle avait obtenu un Prix au Fespaco en 2015. La "star" burkinabè et norvégienne Issaka Sawadogo, très éclectique et charismatique, complète également ce casting de manière idéale, et se montre particulièrement à l'aise. De manière générale, les comédiens se révèlent tous très convaincants et semblent prendre un plaisir contagieux à raconter et incarner cette histoire. Mariam Aida Niatta se révèle notamment hilarante. Son talent comique évident donne envie de la revoir très bientôt sur les écrans.

Avec une dizaine de films et de séries à son compteur, Boubacar Diallo continue sa filmographie, fidèle à ses principes de proposer des divertissements visant à se détendre après une dure semaine de travail. Le réalisateur n'a aucun problème à l'assumer : "Nos films n'ont pas pour vocation d'être des films de festivals, tous les films ne peuvent pas être des chefs-d'oeuvres". Il cite aussi Coluche : "Le cinéma vit de ses comédies, mais récompense ses drames."

Cependant ses comédies, tout en faisant rire, interrogent et auscultent aussi les sociétés burkinabè et africaine d'aujourd'hui. Comme il le dit lui-même : "Notre cinéma essaie de traduire la société africaine telle qu'elle est, et montrer comment elle évolue. Parce qu'elle n'est pas statique. C'est un peu ces différentes couleurs qu'on essaie de porter à l'écran."

A travers une histoire comique, certes prétexte à de nombreux gags et situations cocasses, Diallo alimente aussi mine de rien un débat d'ordre moral concernant les "Tchiza" : "Nous avons essayé de picorer dans la société pour prendre des cas pratiques différents, pour que chacun puisse se retrouver et donner son avis. C'est le genre de film dont on ne sort pas sans donner son avis. On sait qu'à Ouaga le débat a déjà eu lieu et qu'à Abidjan il va se poursuivre."

Dans la lignée du Bonnet de Modibo, son précédent film, Boubacar Diallo prend le pouls de la société, et observe le couple, l'usure du désir, la tentative de l'évasion, mais aussi les regrets et le retour de l'amour conjugal, à travers des situations simples, mais bien campées et assumées jusqu'au bout par une troupe de comédiens au diapason qui s'en donnent à coeur joie.

Remerciements chaleureux aux Films d'Avalon.

Zoom

Le concept de "Tchiza"

Le concept de "Tchiza" a été popularisé par la chanteuse gabonaise Shan'L, dont on retrouve d'ailleurs la chanson dans le film.

Le terme de "Tchiza" désigne une "maîtresse" ou, selon l'expression consacrée, "un deuxième bureau". Selon un article de www.africatopsuccess.com, ce fléau affecterait fortement les sociétés africaines, en conduisant vers une dépravation généralisée des moeurs... Dans la chanson, Shan'L opte pour la provocation en faisant l'apologie de ces "Tchizas".  

Matthias Turcaud

Article précédent
MBUDHA, la source des chimpanzés : une séance de cinéma capturée par les yeux de la forêt
Article suivant
UNE HISTOIRE D'AMOUR ET DE DÉSIR, le chant des possibles
 
Ajouter un Commentaire
Code de sécurité
Rafraîchir