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Films / Burkina Faso

DESRANCES, vibrant plaidoyer pour les femmes fortes d'Afrique

Apolline Traoré, figure de proue du nouveau cinéma burkinabé

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Comment une jeune fille téméraire bat en brèche des clichés toujours tenaces... 

Comme dans ses trois premiers films de fiction, Apolline Traoré fait la part belle dans son nouveau long-métrage Desrances à un personnage féminin valeureux ; ici, la jeune Haïla qui se bat pour la reconnaissance de son père, tout obsédé par la naissance prochaine de son fils, dont il a déjà choisi le prénom et pour lequel il confectionne sans tarder un berceau, auquel il consacre tous ses soins.

Haïla, incarnée par la touchante et prometteuse Naomi Jemima Nemlin, va faire montre de tout son sang-froid et son courage, dans des situations très critiques, afin de prouver à son père qu'elle en est la digne héritière ; lorsque tous deux se trouvent pris dans les émeutes de 2010 à Abidjan, alors en proie à une insécurité accrue et livrée à des mercenaires sans pitié.

Après "Sous la clarté de la lune" (2004), "Moi Zaphira" (2013), et "Frontières" (2017), la réalisatrice burkinabée nous propose un film prenant et émouvant, bellement ponctué par la musique bien sentie de Cyril Morin, mais également militant et porteur d'un discours à propos sur la place dévolue aux femmes dans nombre de sociétés africaines, largement insuffisante.

Si ces dernières veulent obtenir le respect qui leur est dû, elles doivent très souvent se battre héroïquement, comme c'est ici le cas - l'intrépide petite Haïla surpassant même son père en hardiesse et en esprit guerrier.

On pourra noter l'importance que revêt le personnage dans l'intrigue, et le fait que le nom de l'actrice, même si débutante, côtoie celui du comédien aguerri et co-producteur haïtien du film, Jimmy Jean-Louis, sur l'affiche qui montre d'ailleurs, logiquement, les deux personnages qu'ils interprètent respectivement.

Ainsi que le dit d'ailleurs Jimmy Jean-Louis : "Le film met la lumière sur une gamine qui a beaucoup de force, au moins autant qu'un garçon. Il y a trop de barrières contre les femmes dans la société, les choses tardent à progresser. C'est l'homme qui a toujours dirigé, et le résultat n'est pas génial. Le futur est dans la main des femmes !"

Le long-métrage, co-scénarisé par Apolline Traoré et Bénédicte Portal, se révèle ambitieux et complexe, jumelant deux quêtes : celle de Desrances, seul survivant de sa famille haïtienne en 1994, découvrant que ses ancêtres viennent du sud de la Côte d'Ivoire ; et celle de sa fille, négligée par son père et se languissant de son regard, de sa fierté.

Identité, transmission, patriarcat, relation entre un père et une fille, filiation, lutte pour la survie, menace terroriste, situation de confinement et tensions politiques se retrouvent abordés pêle-mêle dans un thriller âpre et incarné, qui n'excède pas 1h40.

Desrances convainc par sa puissance émotionnelle, comme la maîtrise de son scénario mêlant plusieurs enjeux, ainsi que l'investissement des acteurs, et une mise en scène nerveuse, épousant les importantes préoccupations des protagonistes, tout en ne faisant pas l'impasse sur une image de qualité.

On pourra ainsi regretter que le long-métrage soit reparti quasiment bredouille du dernier Fespaco, qui l'a "seulement" distingué d'un prix du décor, peu signifiant - eu égard à la tenue du film et à son intérêt.

Dédié à Idrissa Ouedraogo, Desrances témoigne de la belle vitalité et ambition du cinéma burkinabé.

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Les autres films d'Apolline Traoré

"Sous la clarté de la lune" (2004) et "Moi Zaphira" (2013) présentent tous deux de jeunes villageoises qui luttent contre l'injustice et pour un avenir plus reluisant.

"Frontières" (2017) nous emmenait, quant à lui, à la rencontre de trois femmes dans un bus sur le trajet Dakar, Bamako, Cotonou, via Ouagadougou jusqu'à Lagos.

Apolline Traoré a fait des études de cinéma à Boston aux États-Unis. Elle a, en parallèle, signé des courts-métrages, des documentaires et des séries télévisées, à l'instar de "Eh les hommes, eh les femmes" en 2014.

Matthias Turcaud

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