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Romans / Algérie

« Musulman » roman de Zahia Rahmani ou la fabrique de la figure du paria

Sabine Wespieser Éditeur À l’heure des amalgames relayés dans les discours politiques et des débats identitaires qui font rage dans la société, le livre de Zahia Rahmani est un petit uppercut qui aide à penser le monde d'aujourd'hui.

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A mi-chemin entre réflexion politique et philosophique, entre prose et poésie, « Musulman » roman est un brûlot visionnaire (la première édition date de 2005) qui résonne avec l'actualité.

Dans ce livre revendicatif et généreux, Zahia Rahmani, qui a quitté l'Algérie enfant pour la France, raconte, à travers son héroïne, comment elle est devenue « Musulman ».

Ayant passé sa vie à fuir les étiquettes que la société nous impose, la jeune femme Kabyle, est retenue dans un camp du simple fait de ses origines supposées musulmanes. Face à des émules de l’ignorance qui effacent la diversité, au nom du principe de guerre, la narratrice se réfugie dans ses souvenirs et interroge son identité.

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Zahia Rahmani a publié trois livres chez Sabine Wespieser éditeur : Moze, finaliste du prix littéraire Femina en 2003, « Musulman » roman, qui a obtenu la mention spéciale du Prix Wepler en 2005 et France, récit d'une enfance en 2006.


Fille de harki, elle raconte la fuite de son pays natal, la perte dès l'âge de cinq ans de la langue maternelle, le berbère, « une langue de contes, de récits d'ogres et de légendes », l'apprentissage du français, la solitude et le déracinement. Et le désir de s'enraciner. De trouver une place dans une société qui n'est pas celle de sa naissance.

En grandissant, Elohim (c'est son nom), issue d'une culture dite minoritaire, sera confrontée à une nouvelle violence : « le déni de la diversité de celui qu'on noie sous la figure générique de l'Arabe ». Elle expérimentera l’aliénation que provoque le fait de refuser à une personne née dans une culture, a fortiori musulmane, le droit d’être autre chose.

« En France, je venais de vivre ma révolte. Je détestais mon père. Je lui reprochais notre vie misérable de Français arabes que nous n'étions pas. Si seulement nous étions arabes, lui disais-je, si seulement nous l'étions, mais nous ne l'étions pas. Si seulement nous étions français, français depuis des décennies, mais nous ne l'étions toujours pas. Nous vivions terrés dans un bout de campagne française. A l'abri, derrière les hauts murs de notre maison, mon père travaillait à sa survie. Pour nous, ses enfants, il ne pouvait rien. Je me suis mise à haïr toutes ces marques d’identités qui s’accrochaient à moi comme le chiendent à la terre. Arabes, immigrés, exilés, musulmans, je nous voyais maintenus dans un univers infect où même la plus misérable des vies se devait quand même d’être satisfaite de sa condition.» 

Interrogeant la construction de la figure du paria ainsi que l’existence d'un islam imaginaire incarné par des musulmans présumés, « Musulman » roman de Zahia Rahmani est un livre essentiel contre l'ignorance, la bêtise et ses dérives.

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Des auteurs contre l'engrenage identitaire

Outre Zahia Rahmani, Karim Miské témoigne aussi de l'injonction de toujours devoir se définir. Et de la violence qu'est l'assignation de coller à une identité prédéterminée.

Né à Abidjan, d'un père mauritanien, diplomate et musulman et d'une mère française, athée et féministe, il n'a cessé d'être ballotté entre une identité et une autre.

Dans son dernier livre N'appartenir (Viviane Hamy, 2015), il raconte comment toute sa vie a tourné sans cesse autour du thème de « l'appartenance », suite à une parole malheureuse de son grand-père.

Refusant d'appartenir à une catégorie socialement établie, les images du paria et du bâtard lui seront toujours renvoyées en pleine face, comme dans un miroir.

Sarah Gastel

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