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Documentaires / Afrique

Les statues meurent aussi, un film qui traverse les âges

Présence africaine Chris Marker et Alain Resnais – 1953 – Noir & blanc - 30 minutes – Prix Jean Vigo en 1954.

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Commandité par la revue Présence africaine à l’aube des décolonisations, ce documentaire interroge avec virulence la place de l’ « art nègre » en Occident. Analyse d’un film fondamental dans l’histoire de l’Art africain et de la décolonisation française.

Interdit de diffusion en France pendant 8 ans, ce documentaire avait été commandité pour questionner l’ « art nègre ». A ce sujet Alain Resnais précise : « On nous avait commandé un film sur l’art nègre. Chris Marker et moi sommes partis de cette question : pourquoi l’art nègre se trouve-t-il au Musée de l’Homme, alors que l’art grec ou égyptien est au Louvre ? »

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Une question qui trouve d’ailleurs encore écho actuellement dans nos musées parisiens. C’est seulement récemment, en 2006, que le Musée de l’homme est devenu le Musée du Quai Branly. Ce dernier avait fait à l’époque l’objet d’une polémique autour de la question de la propriété de certaines de ses œuvres exposées. La question ressurgit régulièrement dans l’actualité. (Ndlr, pour en savoir plus, lire par exemple : http://www.lefigaro.fr/culture/2010/04/30/03004-20100430ARTFIG00596-ces-chefs-d-339uvre-que-les-pays-du-sud-veulent-recuperer-.php)

La première partie du film montre des statues et des masques « nègres ». A travers leur diversité et leur ressemblance, nous sommes introduits dans la culture africaine, panthéiste (Ndlr : Conception selon laquelle Dieu est tout) et dans laquelle tout est art. Le film débute d’ailleurs ainsi : « Quand les hommes sont morts, ils entrent dans l'histoire. Quand les statues sont mortes, elles entrent dans l'art. Cette botanique de la mort, c'est ce que nous appelons la culture. »

Par la suite, les auteurs nous interrogent sur ce que l’on appelle « art nègre », « art royal » et sur la relation que l’Occident entretient avec ces arts. Nous sommes également interrogés sur la façon dont l’Occident a transformé, sous l’effet d’une forte demande, cet « art nègre » en artisanat sériel et en objet mercantile.

Dans la deuxième partie, des images prises en Afrique sont montrées. Elles présentent l’Afrique rituelle, culturelle, puis un glissement s’opère. La musique s’accélère. L’Afrique industrielle apparaît et le colon également. L’histoire de la colonisation est racontée sur un ton vindicatif, pour l’époque certainement trop cru. La colonisation, telle un bulldozer, écrase tout sur son passage. La culture africaine est remplacée par une nouvelle culture, déshumanisante et sans concession.

De nombreux stéréotypes et lieux communs sont pointés du doigt et soutenus par un texte fort et provocateur : « Le nègre sportif c’est encore de l’art ! » (…) « Non, nous ne sommes pas quitte en enfermant le noir dans sa célébrité et rien ne nous empêcherait d’être ensemble les héritiers de deux passés si cette égalité se retrouvait dans le présent. Du moins est elle préfigurée par l’égalité qu’on ne refuse à personne, celle de la répression ! ».

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Chris Marker, le magnifique désordre réalisé par Agnès Varda

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Chris Marker, un réalisateur majeur

Chris Marker naît en 1921 à Neuilly-sur-Seine. Il est réalisateur, écrivain, illustrateur, traducteur, photographe, éditeur, philosophe, essayiste, critique, poète et producteur.

Connu pour son engagement indéfectible, il collabore avec nombre de réalisateurs, écrivains, acteurs, artistes ou simples ouvriers. (cf : de Costa-Gavras à Yves Montand, d’Alain Resnais à Yannick Bellon ou Alexandre Medvedkine, de Jorge Semprun à Benigno Cacérès, de Thoma Vuille à Mario Ruspoli, de Joris Ivens à Haroun Tazieff, de William Klein à Mario Marret, d’Akira Kurosawa à Patricio Guzman.)

Son regard est souvent ironique et sensible, amusé ou rageur. Il meurt le 29 juillet 2012 à Paris. Nombre de ses films, qualifiés par André Bazin d’essais cinématographiques, sont majeurs dans le monde du documentaire. C’est le cas de La Jetée, Sans soleil, Le Joli Mai, Le Fond de l'air est rouge ou encore Chats perchés.

Eva Dréano

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