Poèmes / mauritanie

LA MAURITANIE : "Bilad El Mellione Chaer", le "pays au million de poètes"

A Nouakchott a eu lieu du 28 au 30 décembre 2018 la 12ème session du festival annuel de l'Union des poètes et littéraires : l'occasion de se pencher sur le long et profond lien de la Mauritanie avec la poésie.

L'histoire de la poésie mauritanienne ne date pas d'hier, plusieurs grands écrivains s'étant, dès le 12ème et 13ème siècles, illustrés dans le pays : de Muhameden Ibn Buctar Al "Hassani" à Abdellahi Ibn Sidi Mahmoud El Haji en passant par Ibn Razga Al Alawi, Idejiya El Kumleïly, ou encore Abd El Wedoud Ibn Abdallah.

D'un œil plus contemporain, cette poésie prend la forme de la diversité, puisqu'elle existe à la fois en arabe, hassaniya, pulaar, mais aussi soninké, wolof et français - depuis la publication, en 1966, de "Presque griffonnages ou la Francophonie" d'Oumar Bâ, un jalon écrit par un auteur auquel on doit également "Paroles plaisantes au cœur ou à l'oreille" en 1977 ou "Odes sahéliennes" en 1978.

Festival-de-l-Union-des-poetes-et-litteraires-Nouakchott

Le festival de l'Union des poètes et littéraires se tient chaque année à Nouakchott.

Terre d'inspiration poétique immense, le Sahel a nourri des œuvres littéraires appartenant à d'autres genres, mais également parcourues par un grand souffle poétique, comme, en 1975, le recueil de nouvelles "A l'orée du Sahel" de Tène Youssouf Gueye, ou encore les romans de Mbarek Ould Beyrouk, tel "Le Tambour des larmes", lauréat du Prix Ahmadou Kourouma en 2006, ou "Et le ciel a oublié de pleuvoir", en 2016.

Cette fertile tradition poétique continue, on le voit, à perdurer. Le succès assez retentissant de Mohamed Ould Taleb en atteste encore en 2007. Au bout d'un long parcours de neuf semaines, le poète mauritanien s'est distingué lors d'un concours organisé par les Emirats arabes unis, et nommé "Emir Echouara" (Le Prince des poètes). Ce "moubdi'e" (innovateur) a été primé par le deuxième prix, d'un montant de 500 000 dirhams émiratis, soit près de 119 345 euros, provoquant une joie accrue à Nouakchott.


Cependant, pour parler de cette fameuse tradition poétique, qui mieux qu'un poète ? Laissons donc parler les vers d'Ousmane Moussa Diagne, autre grande figure également francophone, dans le recueil "Notules de rêves pour une symphonie amoureuse" :

"Mon pays est une perle discrète
Telle des traces dans le sable
Mon pays est une perle discrète
Telle des murmures de vagues
Sous un bruissement vespéral
Mon pays est un palimpseste
Où s'usent mes yeux insomniaques
Pour traquer la mémoire"

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La 12ème édition du festival annuel de l'Union des poètes et littéraires

Solidement ancrée donc, la poésie bénéficie en Mauritanie du soutien gouvernemental, les dirigeants du pays en mesurant clairement les atouts comme l'impact, la considérant comme un vecteur important de paix et de cohabitation pacifique.

On peut s'en convaincre une nouvelle fois par la douzième édition de ce festival poétique, placée sous le thème de "la diplomatie douce".

L'événement fut également marqué entre autres par l'hommage à Mohamed Kaber Hachem, regretté poète décédé en février dernier. Voici comment le romancier Mbarek Ould Beyrouk en fait l'éloge : "Je tiens à saluer ici ce poète dont l'écriture subtile et fleurie a enflammé l'imagination de bien de mauritaniens. La poésie de Kaber Hachem, empreinte de traditions sahariennes et de senteurs orientales, a depuis près de trois décennies caressé nos oreilles et ravi nos imaginations. La voix de ce journaliste nous était familière grâce à Radio Mauritanie, mais ses poèmes sont aussi rentrés en nous, car ils font maintenant partie de notre référentiel culturel."

Matthias Turcaud